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Hommage à


Philippe Dubourg

Philippe DUBOURG un homme de terroir



Bien que né à Caudéran, alors banlieue huppée de Bordeaux, le 9 juillet 1938, Philippe Dubourg était prédestiné à devenir maire de la commune d’Illats dans les Landes Girondines. Issu d’une famille de propriétaires, il incarne cette bourgeoisie rurale que François Mauriac a souvent décrite dans ses ouvrages.

Par ses ancêtres Illadais, Philippe Dubourg était lié avec toutes les familles possédantes qui ont façonné les paysages de la Lande depuis des siècles et fait l’histoire de la commune, et même cinq fois jusqu’à la famille d’André, qui a occupé pendant deux siècles la charge de juge seigneurial de l’illustre famille de Montferrand, barons de Landiras dont dépendait la paroisse d’Illats. La petite histoire révèle même une parenté avec Isabelle de Montferrand, née avant 1555, arrière petite fille de Pierre de Montferrand exécuté à Poitiers en 1454, lui-même époux d’une fille putative du roi d’Angleterre qui était aussi en ce temps duc d’Aquitaine.

Plus récemment, ses ancêtres ont été très actifs pendant la période révolutionnaire. C’est le 8 juin 1808 que Pierre Ducau épouse Jeanne Dubrey, très lointaine cousine par la famille d’André qui possédait le « Domaine d’Illats » propriété viticole ancestrale dont sont issues la plupart des vignes actuelles. Son père, aussi prénommé Pierre, habitant Le Basque, avait été adjudicataire de la maison de maître de Cagès, saisie et vendue comme bien national après que son ancien seigneur, Monsieur de Basquiat de Mugrier eut émigré.

Les Ducau de Cagès donnèrent plusieurs maires à la commune d’Illats avant que leur dernière descendante Jeanne Marie Thérèse Ducau, de Cagès, se marie avec Jean dit Daniel Dubourg, demeurant à La Fontaine, aussi un 11 avril mais en 1899. Ce dernier deviendra à son tour maire d’Illats entre 1908 et 1929, avant que son petit-fils Philippe ne lui succède entre 1977 et 2021.

Cette histoire, très présente au sein de sa famille, a façonné le caractère de celui qui a toujours conduit les affaires de la commune avec un sens aigu de la bonne gestion des finances publiques héritée de la gestion de la Terre et de ses produits. Des nombreuses fonctions qu’il a occupées, conseiller général, député, président de syndicats et de la Communauté de Communes du canton de Podensac, il était surtout fier d’être reconnu comme un bon gestionnaire des finances publiques.

D’un abord affable, caractéristique des hommes politiques de terrain, il revendiquait des amitiés politiques éclectiques qui lui ont permis de bénéficier de subsides de tous bords pour financer les réalisations communales. S’il accueillait avec complaisance les suggestions qui lui étaient faites et répondait avec dévouement aux sollicitations, il n’en était pas moins doté d’un caractère entier qui supportait mal la contradiction.

Attaché à la douceur de vivre du Sud-Gironde, il ne manquait pas d’en savourer tous les plaisirs, de la chasse à la bonne chère. Peut-être dans l’espoir d’en retarder l’inexorable déferlement, il usa de tous les stratagèmes pour préserver Illats d’une urbanisation anarchique. Au contraire de ses voisines, sa commune a su préserver une unité architecturale villageoise traditionnelle, autour d’une église romane du XIIème siècle, patrimoine aussi religieux que traditionnel, à laquelle il aura consacré beaucoup d’efforts pour la restaurer.

Nul doute qu’il aura emporté avec lui comme viatique un mélange des saveurs de son terroir avant de retrouver ses ancêtres le 11 avril 2021.

Jean-Michel Rossignol pour Mémoires et Patrimoines des Graves (avril 2021)